La Conférence des OING est une voie collective de la société civile dans son ensemble

Comment envisagez-vous le rôle de la société civile aujourd’hui au sein de la vie politique ?

La société civile organisée joue un rôle incontournable au sein de la vie politique et son influence se ressent dans tous les champs du quotidien. Elle participe activement à tous les sujets susceptibles de pouvoir faire évoluer le monde moderne. Force de propositions, elle devient le partenaire de la vie politique, en particulier sur les questions liées à l’exclusion sociale et aux différentes consultations qui sont mises en œuvre. En revanche, le problème est que ses propositions ne sont que rarement prises en compte...

Dans ce contexte, comment définiriez le rôle de la conférence des OING et quelle est sa vocation au sein des processus décisionnels ?

Le fait que le Conseil de l’Europe ait doté les OING du statut participatif est une avancée majeure... 

La Conférence, dont font parties toutes ces  OING, est devenue un des organes du Conseil de l’Europe, à coté du Comité des Ministres, organe exécutif formé des représentants des gouvernements des États-membres, l’Assemblée parlementaire, constituée de membres désignés par les parlements nationaux de ces mêmes États et le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, dont les membres sont élus par leurs organisations nationales. L’échange établi est un formidable exemple de démocratie participative, qu’il est désormais convenu d’appeler le «quadrilogue». Ainsi, 4ème pilier à part entière, même si son influence est moindre que les trois autres, elle reste, pour autant, un vecteur significatif des processus décisionnels et démocratiques au sein même du Conseil de l’Europe. La Conférence offre un espace de parole qui s’incarne au cœur de notre contemporanéité. 

Vous évoquez le statut participatif... Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

Cela implique que les OING dotées de ce statut peuvent êtres invitées à participer au Comité d’experts et rédiger un certain nombre de recommandations auprès des pays membres. Le statut participatif implique qu’elles agissent dans l’esprit du Conseil de l’Europe et s’inscrivent dans le cadre des droits de l’Homme, de l’État de droit et de la démocratie. Il fait office de filtre pour les décideurs politiques.

On comptait plus de 400 associations, il y a encore quelques années... Il semblerait que leur nombre ait diminué. Combien sont-elles aujourd’hui ?

Actuellement, elles sont 320. Certaines ont perdu le statut. D’autres n’étaient pas actives ou avaient disparues. La Conférence est systématiquement consultée par le Secrétaire général, qui veille au travail de chacune d’entre elles. A partir du moment où le statut participatif est octroyé, il s’agit aussi de faire ses preuves !

Quelles avancées majeures retenez-vous particulièrement ?

La Conférence est une voie collective de la société civile dans son ensemble. Les OING qui la composent sont assez diverses, mais on retiendra tout de même des thèmes transversaux - les droits de l’Homme, l’éducation et la culture, la démocratie, la cohésion sociale et les enjeux mondiaux - qui nous unissent tous. En termes d’avancées, on retiendra en particulier le Code de bonnes pratiques pour la participation civile au processus décisionnel, reconnu par le Comité des Ministres comme « document de référence » . 

Autre avancée majeure, le renforcement de la société civile dans les États membres du Conseil de l’Europe, de même qu’au Belarus. C’est ainsi qu’elle a créé le Conseil d’experts sur le droit en matière d’ONG. Le Conseil d’experts, qui est composé de juristes, mais aussi de personnes engagées dans les OING, analysent les lois et entreprennent un dialogue avec les États concernés. Le rapport, qui a été rédigé sur l’Azerbaïdjan et la Russie, s’est avéré particulièrement utile. Ajoutons à cela que nous organisons des Congrès régionaux, destinés aux ONG des pays d’Europe centrale et orientale, à Varsovie, Kiev et Penza, en Fédération de Russie ou à Vilnius en Lituanie, pour n’en citer que quelques-uns. Ainsi, nous apportons, tout au long de l’année, notre expertise aux travaux des autres organes du Conseil de l’Europe. Notons à cet effet que deux textes communs ont été co-signés par leurs Présidents, l’un sur la biodiversité, l’autre sur l’éradication de la grande pauvreté. En revanche, comme vous le savez, les États peinent encore à ratifier l’article 30 de la Charte sociale...

Vous venez d’être élue à la Présidence... Quel a été votre parcours pour y parvenir et que comptez-vous apporter à la Conférence des OING ? 

Je représente une OING qui s’appelle Eurocef, le Comité européen d’action spécialisée pour l’enfant et la famille dans leur milieu de vie, qui agit depuis presque 20 ans au sein du Conseil de l’Europe. J’étais plus particulièrement centrée sur le droit des enfants. Je suis aussi enseignante à l’Université de Paris Ouest... Une expérience qui compte dans mon engagement au sein de la Conférence. J’espère pouvoir accompagner les réformes qui s’imposent et mettre en place un nouveau plan d’action, d’autant plus que la période difficile est derrière nous dorénavant. Il fallait agir, car nous étions les parents pauvres du Conseil et les premiers, victimes des coupes budgétaires.  

C’est sans aucun doute grâce aux efforts sans relâche de Jean-Marie Heydt que la Conférence des OING s’en est sortie. À moi maintenant de reprendre le flambeau, avec, en toile de fond, la volonté de nous connecter davantage avec la société civile dans les pays membres, de mener à bien nos expertises et d’améliorer encore le dialogue avec les États. Je souhaite enfin garder toute la vigilance qui s’impose face aux violations des droits de l’Homme et faire en sorte que les traités soient ratifiés. C’est mon cheval de bataille, car dialoguer, c’est bien. Agir, c’est mieux !

Le fait que vous soyez une femme peut il avoir une influence sur votre Présidence ?

Je le crois en effet... Les femmes ont une intuition et une approche différentes, moins à l’emporte pièce. Ma Présidence est sans doute un symbole et le bureau est composé majoritairement de femmes ! Quoi qu’il en soit, je souhaite mettre à profit la réforme interne que nous avons évoqué pour nous concentrer sur des sujets plus ciblés et plus urgents. J’ai commencé par exemple une consultation des 320 OING sur différentes thématiques, pour ajuster les priorités de chacune des commissions. En matière de droits de l’Homme, je vais étudier la manière avec laquelle nous pourrions davantage travailler avec les Etats, notamment à travers le plan d’actions du Secrétaire général sur la radicalisation et l’extrémisme conduisant au terrorisme. 

Vous êtes la Vice-Présidente d’EUROCEF... Quelle est son expertise ? 

Nous ne sommes pas une très grande OING, mais c’est aussi notre force, car nous avons une réactivité plus grande. Nous avons réalisé par exemple, de 2009 à 2011, un projet qui s’appelle Innov 2010, où, pendant 2 ans, se sont réunis 100 personnes, usagers, travailleurs sociaux, chercheurs, étudiants, et professionnels pour réfléchir sur le sens profond du travail social. 

Quel message souhaiteriez-vous adresser à la classe politique française ?

Les Parlements sont ouverts aux OING sur des sujets ponctuels, mais pas sur des démarches à long terme. Je souhaiterais leur dire que nous servons de relais pour démultiplier la traduction de documents de référence et que nous sommes prêts à entamer avec eux un travail de fond. Malheureusement, on ne parle du Conseil de l’Europe qu’à l’occasion de polémiques, parfois un peu caricaturales, comme les châtiments corporels, pour lesquels la France a été condamnée. Il y a une méconnaissance de nos travaux. La France est un mauvais élève sur cette question. Pourtant, c’est elle qui est à l’initiative de plusieurs événements d’envergure, à l’instar du Forum mondial sur la démocratie. Mais la France est courageuse : elle n’a pas hésité a valider de nombreux documents qui la mettait en cause. Quant à l’application des textes ratifiés, c’est autre chose ! Je dirais enfin que nos actions traduisent les mutations profondes de nos sociétés contemporaines...                

Propos recueillis par
Pauline Wirth du Verger