Pour un Erasmus de l'apprentissage !

L'Europe apparaît trop souvent éloignée des préoccupations de nos concitoyens. S’il est une cause où elle est attendue, c’est celle du chômage, notamment celui des jeunes, plaie scandaleuse qui assombrit l’avenir. En 2014, ils étaient plus de 5,3 millions sans emploi, soit en moyenne un jeune sur quatre de moins de 25 ans, hormis les étudiants. Voire un sur deux dans certains pays. Fort heureusement, cette malédiction n’est pas une fatalité. En Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, au Luxembourg, pays où l’apprentissage est solidement enraciné, les jeunes sont nombreux à entrer rapidement dans la vie professionnelle. Comparée au modèle français, cette analyse peut paraître peu complaisante, mais elle est le fruit d’une année de rencontres et de visites de Centres d’apprentissage européens. Durant chacune de mes visites, j’ai été impressionné par l’ambiance générale, calme et sereine. Même état d’esprit que chez les Compagnons du Tour de France et du Devoir. La motivation des jeunes est perceptible. Le lien avec les entreprises est organique.

Au surplus, les CFA que j’ai rencontrés encouragent généralement leurs jeunes à effectuer une mobilité, à se confronter au monde global au sein duquel ils sont appelés à évoluer en confiance. À cet effet, j’ai fait du développement de l’Erasmus de l’apprentissage l’une des priorités de mon action au Parlement européen.

En France, l’objectif du quinquennat de 500 000 apprentis par an en 2017 est loin d’être atteint et chaque intervention présidentielle glorifiant une génération d’âge accédant à l’université est un coup dur porté au développement de l’apprentissage. Mais la prise de conscience est là et les filières professionnelles ne sont plus considérées comme des voies de garage, synonyme d’échec scolaire. Or, cette formation, à l’heure de la mondialisation, devrait s’enrichir par la mobilité transfrontalière. Il est en effet démontré que ceux des étudiants qui ont eu l’occasion d’accomplir une partie de leurs études hors de leur pays d’origine se prémunissent bien mieux contre le risque du chômage. C’est dans cet esprit qu’a été conçu le programme Léonardo Mobilité, devenu depuis un an Erasmus+, afin de mettre à disposition des filières techniques les mêmes possibilités financières d’accéder à la mobilité européenne. Désormais accessible aux apprentis et aux élèves des lycées professionnels, cette mobilité se heurte à de multiples freins et obstacles de tous ordres. Dans ces conditions, leurs séjours hors de leur pays d’origine se limitent dans la plupart des cas à quelques semaines. Le chemin est semé d’embûches et tous ceux qui s’y engagent, faisant preuve de volonté et d’ingéniosité, déplorent de devoir se livrer à une véritable « galère ». 


Il était donc urgent de faire tomber toutes ces barrières, afin de permettre le partage des bonnes pratiques et d’encourager la mobilité de tous les jeunes, sans discrimination entre étudiants, apprentis et autres stagiaires engagés dans des formations en alternance. Pour y parvenir, nous avons conçu un « projet pilote » que le Parlement européen a approuvé dans le cadre du projet de budget pour 2016. Le 29 février dernier, la Commission européenne a lancé un appel à propositions pour que des expérimentations prennent corps en septembre. Cet appel à candidature a pris fin le 15 avril. Les établissements européens formant des apprentis peuvent y répondre, à condition de représenter deux pays au moins et d’offrir aux jeunes adultes venant d’autres pays tout à la fois un programme de perfectionnement professionnel et d’initiation à la maîtrise de la langue du pays d’accueil. Ils doivent en outre disposer d’un réseau d’entreprises prêtes à recevoir les jeunes pendant l’année. Ce projet-pilote n’a pas qu’un objet pédagogique, en faveur d’une meilleure formation professionnelle des apprentis. Il vise à créer un cadre européen unique pour l’apprentissage, aujourd’hui fragmenté 28 réglementations nationales, qui sont autant d’obstacles à la mobilité de l’emploi. C’est pour cela que nous ouvrons un chantier pour tendre vers un rapprochement de ces textes souvent arbitraires et tournés vers le passé. Ils visent les niveaux de rémunérations, lorsque celles-ci existent, la couverture sociale, les assurances, la répartition du temps entre les cours et la présence en entreprise, les titres de reconnaissance et diplômes. En tout état de cause, les apprentis s’engageant dans la mobilité devront recevoir d’Erasmus des bourses équivalentes à celles attribuées aux étudiants. Ce sera une première contribution pour faire converger les législations du travail et un levier précieux pour tendre vers le plein emploi. Une étape décisive vers la citoyenneté européenne.

Au-delà de la mobilité, je veux exprimer ma conviction que nous devons faire de l’apprentissage le levier dont nous avons besoin pour réformer la société française. À l’exemple des pays référents, il convient d’instituer une passerelle entre l’enseignement général et la vie professionnelle. Tout jeune, quel que soit son niveau scolaire, doit emprunter le chemin de l’apprentissage pour intégrer le monde du travail dans les meilleures conditions possibles et sans délai, qu’il ait vocation à accomplir ses premiers pas comme ouvrier ou ingénieur. Que la «voie royale» soit désormais une voie universelle.