Onéguine

 L’âme russe vibre sur la scène de l’Opéra Garnier avec Onéguine de John Cranko. D’après un roman en vers d’Alexandre Pouchkine, ce ballet dramatique, sublimé par la musique de Tchaïkovski, parle à la fois au cœur et au regard. Car la tristesse de l’histoire réside dans sa simplicité. La plus romantique des jeunes filles tombe éperdument amoureuse d’un dandy désabusé qui la rejette. Ce n’ est que quand elle se marie et devient inaccessible, qu’il regrette avec amertume le trésor perdu à jamais. L’histoire universelle des rencontres manquées et des illusions perdues. Onéguine dévoile aussi un tableau historique de la grande époque de l’aristocratie russe, brillamment traduit dans les décors et costumes de Jurgen Rose. Les tutus scintillent de mille feux. Et le palais somptueux, où se mêlent des touches de luxe oriental et les couleurs dorées de la campagne, nous transporte au temps de la Grande Russie, avec ses bals, ses fêtes galantes, et ses duels pour l’honneur.

C’est dans ce cadre éphémère que les danseurs présentent toute la palette de leur virtuosité musicale et théâtrale. Karl Paquette est un Onéguine détaché mais charismatique. La pétillante Eve Grinsztajn (Olga) fait preuve d’une virtuosité irréprochable. Mais c’est Ludmila Pagliero (Tatiana), qui dévoile le tempérament contradictoire de la femme russe.

A la fois énigmatique, poétique et profonde, elle maîtrise parfaitement l’équilibre entre la fragilité et la force de caractère. C’est peut-être grâce à son jeu, si touchant, que sa rupture définitive avec Onéguine dans la scène finale du ballet, bouleverse. La catastrophe est irréversible. La magie se brise : comme si avec les larmes de Tatiana, toute une époque s’effaçait d’un trait, emportant avec elle le dernier rêve d’un amour romantique. 

Marina Yaloyan