Jean-Marie Cavada, Député européen et Président du Mouvement Européen-France

Les sondages prédisent un raz de marée des partis extrémistes pour les prochaines élections européennes. La Suisse de son côté vient de limiter l’immigration ? L’Europe renoue t-elle avec ses vieux démons ?...

Les sondages français prévoient en effet une montée importante des partis anti-européens. Ce ne sont pas des septiques, mais des personnes totalement hostiles aux Traités que la France a signé avec ses partenaires de l’Union Européenne et avec toutes les conséquences que cela comporte, les bonnes comme les plus discutables. Il existe, et il faut la regarder en face, une tentation de repli. Cette tentation a plusieurs causes ; en premier lieu la crise a révélé le vieillissement industriel et économique de l’Europe. Mais le monde moderne et nouveau ne se passe plus en Europe et contrairement aux décennies précédentes, elle subit les événements, plus qu’elle ne les inventent. Deuxièmement, la mondialisation a balayé beaucoup de repères.Et enfin, les sociétés européennes sont en évolution. Tout ce qui les a structurées en bien ou en mal, s’est peu ou prou effondré. En conséquence, les citoyens sont un peu égarés. Ils se replient sur eux-mêmes et c’est ce mouvement que nous devons combattre.

Le «désamour» des Européens pour l’Europe ne vient-il pas d’une incompréhension entre Bruxelles et les citoyens ? 

Je crois qu’il faut être juste. Il y a en France, pour ne parler que de notre pays, trois groupes d’électeurs... Le premier est pro-européen : si à leurs yeux, l’Europe peut être légèrement modifiée, ils n’envisagent pas leur avenir en dehors de la coopération avec nos partenaires, que ce soit jusqu’à composer un Gouvernement de la zone euro ou que ce soit des coopérations inter-gouvernementales. Ces électeurs lient leurs destins aux autres partenaires européens. Le deuxième groupe est septique. Cela ne veut pas dire qu’il est anti-européen mais, et c’est sans doute à cela que vous faîtes allusion, il ressent la construction européenne comme quelque chose de confus, de très bureaucratique et difficilement lisible. C’est cette fraction qu’il faut convaincre, tout en tenant compte de leurs arguments. Je défends l’Europe, cela ne fait aucun doute pour personne. Je défends même une Europe intégrée, avec un Gouvernement de l’Économie, de la Monnaie, de la Finance Européenne, avec une politique sociale nouvelle. Maintenant que l’Allemagne a adopté un salaire minimum cela me semble possible. Il faut également un Gouvernement qui réduise les disparités fiscales pour les entreprises, mais aussi dans l’avenir pour les particuliers, par petites étapes progressives, sur 10 à 20 ans. Il faut prendre en main la conduite politique de ces affaires, or, aujourd’hui, la politique est orpheline ! L’inspiration politique qui fut encore celle de Jacques Delors a déserté les institutions. Nous n’avons plus de personnages comme le Chancelier Kohl ou le Président Mitterrand, qui avaient une vision de l’Europe, du langage politique, des actes politiques des décisions, de choix de politiques européennes. Par conséquent la technocratie s’est engouffrée dans le vide. C’est un grand classique. Il suffit de regarder la France, l’affaiblissement politique a pour effet la sur-administration technocratique de notre pays. Et cela est très mauvais.

Le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, a adopté une version ambitieuse du rapport Delvaux-Szymanski relatif à la politique énergie-climat pour 2030 ? Que contient cette version et est-ce une victoire pour vous ?

Ce rapport contient les perspectives de diminution de la fabrication de la production de carbone, c’est-à-dire d’un des éléments qui détraquent le climat. Il n’y a pas de doute d’après les scientifiques. Sur les bouleversements dont nous sommes témoins, il y a deux interprétations : que ce sont des cycles naturels ou au contraire, que l’Homme a beaucoup contribué à dérégler ces cycles, ce que je crois. Il faut préparer la transition énergétique, qui ne soit pas une régression comme nous la propose les ultras-écologistes. J’ai une vision de l’écologie qui composent avec la modernité à même de stimuler une écologie industrielle et de services. Ce rapport a pour but de donner une perspective et c’est une très bonne chose. Il faut rappeler qu’il y a cinq ans, la France a été le moteur de la conscience écologique de l’Europe et l’Europe a été le moteur de la conscience écologique mondiale. Mais aujourd’hui, nous avons bizarrement dans certains pays, dont la France, baissé la garde et ce rapport a pour but de remobiliser dans une organisation moderne la transition énergétique, dans toute sa variété ; l’éolien, le solaire… et de préparer les pays de l’Union à l’industrie que nécessite cette transition, ce qui va nécessairement créer des emplois.

Etes-vous candidat pour ces prochaines élections ?

Très probablement en effet, je désire poursuivre ma bataille entreprise depuis de longues années, et ce n’est pas au moment où les choses ne vont pas bien qu’il faut renoncer. Je suis près à repartir au combat !

Vous êtes Président du Mouvement Européen France, quelles en sont ces principales caractéristiques ?

Le Mouvement Européen est la plus ancienne organisation de citoyens favorables à la construction européenne puisqu’il date de 1948. C’est une association de plusieurs milliers de membres, dont un tiers sont des jeunes gens de moins de 30 ans, venus essentiellement des milieux scolaires et universitaires. Je souhaiterais également que des jeunes de milieux ouvriers nous rejoignent. C’est très important. Ce mouvement regroupe toute une variété de personnes favorables à la construction européenne et toutes les nuances sont représentées. Ils appartiennent à tous les partis pro-européen – il n’ y a donc pas de Font national ni de Front de gauche. Ce sont des bénévoles qui militent sur le terrain et développent une curiosité sur l’Europe, à travers des débats, des rencontres.

Mariage UDI-Modem...

Pour Jean-Marie Cavada, à part les énormes rivalités de personnes que la politique ne manque jamais de fabriquer, il y a très peu de différences entre les idées du leader de l’UDI et du Modem. La première vocation de ce groupe central étant d’être pro-européen. « Ensuite, ses membres sont des libéraux sociaux », dit-il. « C’est-à-dire que nous privilégions la production de la richesse avec une meilleure répartition de cette richesse. Nous sommes de plus des régionalistes et non des jacobins. Il n’y a pas de différence de pensée, c’est donc inévitable et même nécessaire que ces familles se regroupent », avant de poursuivre : « après, il faut digérer les antagonismes, ce qui prend un peu de temps . J’espère que les Européennes seront l’occasion de montrer que nous pensons la même chose et de faire taire nos rivalités ».