Liberté(s) religieuse(s) au Bahreïn : tolérance et dialogue inter-confessionnel

 

C’est un petit royaume méconnu, mais qui pourrait symboliser la plus grande ouverture religieuse du monde arabe. Car cette monarchie d’1,2 million d’habitants du Golfe arabique, proche du Qatar, accueille toutes les religions. Juifs, anglicans, coptes, catholiques, chacun peut en effet y pratiquer sa religion sans aucune censure. Une liberté garantie par la Constitution, puisque l’article 22 stipule : « la liberté de conscience est absolue ». Mieux encore, la construction d’églises y est autorisée par le Gouvernement… La tolérance et l’Islam font-ils bon ménage ? Au rebours des exemples fournis par le Printemps arabe, Bahrein semble donc l’un des très rares pays à avoir conçu un système où la tolérance religieuse et la cohabitation pacifique entre les religions existe… Ainsi, c’est l’émir Salman Al Khalifa, qui, en 1949, a offert un terrain pour la construction de la Cathédrale Saint Christophe, eu égard à l’importance des œuvres sociales de la communauté chrétienne. La première église, qui date même de 1939, était la première paroisse du Golfe et allait être complétée par la suite d’une école, inaugurée par l’émir de l’époque.

Bref, une volonté de tolérance et d’ouverture, déjà ancienne et qui prend aujourd’hui tout son sens au regard des difficultés auxquelles sont confrontés, notamment, les chrétiens d’Orient. Car chacun à Manama, peut pratiquer librement son culte. Et être chrétien n’empêche pas d’être bien côté par l’Administration : en 2008 Madame Huda Ezra Nonoo, de confession juive, est nommée Ambassadeur de Bahreïn à Washington. En 2005, une chrétienne, Madame Alice Samaan, est nommée membre de la Chambre Haute, (le Conseil de Shura) avant d’être nommée en 2010 Ambassadeur du Royaume de Bahreïn en Grande Bretagne. Et actuellement, une autre chrétienne, Madame Hala Ramzi Qurisa, est membre de l’équivalent du Sénat. Cette tradition d’ouverture est au demeurant ancienne. En 1892, un premier missionnaire s’est établi en famille et la construction d’un hôpital pour les pauvres allait poser les bases d’une coopération entre le Gouvernement et la chrétienté. Mais elle a véritablement connu son envol au début des années 30. La découverte du pétrole, la venue de nombreux étrangers ont créé de fait un véritable « melting pot » permettant à chacun de pratiquer son culte sans discrimination. Avec plus de 100 000 catholiques, dont un tiers de pratiquants, parfaitement intégrés, Bahreïn apparaît comme un cas unique dans le monde arabe. C’est d’ailleurs devant le Parlement européen, lors d’une conférence organisée par l’eurodéputé néerlandais Cornelis De Jong et le think tank « Droits de l’Homme Sans Frontières » (HRWF), que les représentants expatriés de plusieurs Églises chrétiennes et des congrégations (y compris catholique, anglicane, protestante et orthodoxe copte) vivants à Bahreïn se sont exprimés, citant le royaume des deux mers comme exemple sur la place des chrétiens dans les pays musulmans.

HRWF a ainsi indiqué que les intervenants ont décrit un état ​​de tolérance religieuse et une image positive dont les chrétiens jouissent à Bahreïn. « Bahreïn est un exemple positif et un modèle inégalé de coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens dans le monde islamique et dans la péninsule arabique », a même précisé Cornelis de Jong. En décrivant la Constitution et les relations sociales au sein du petit royaume insulaire, Willy Fautre, Directeur de HRWF, a salué le niveau de la liberté religieuse, rappelant que « la Constitution reconnaît les droits des résidents aux côtés de ceux des citoyens et respecte le caractère sacré des lieux de culte », a t-il souligné.

A l’inverse, les troubles de 2011 et leurs conséquences représentent un danger pour les minorités  en raison de l’extrémisme qui les accompagne et des attaques contre les travailleurs étrangers, dont la plupart représentent des groupes religieux minoritaires. David Axtell quant à lui, Président du Conseil de l’Eglise anglicane à Bahreïn, différencie les événements récents à Bahreïn du Printemps arabe et met en avant l’initiative du Gouvernement pour résoudre les problèmes par la mise en œuvre des recommandations du Dialogue National et de la Commission d’enquête indépendante.

Il souligne également que pour la plupart, les médias internationaux ont transmis un récit de l’agitation sociale, de façon unilatérale, ne tenant pas compte des points de vues et des expériences des autres acteurs ou résidents de longue date à Bahreïn.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 26 mai 2012, l’association AED (Aide à l’Eglise en Détresse) a organisé la Palme de la Liberté, journée dédiée à la liberté religieuse dans le monde. Cet événement, qui vise à rappeler l’urgence du respect de la liberté religieuse pour la paix dans le monde, a eu lieu sur le parvis de Notre Dame de Paris, où une oasis d’une cinquantaine de palmiers a été installée, accueillant un parcours-exposition évoquant tous les hommes récemment persécutés et même tués à cause de leur foi, qu’elle soit protestante, catholique, orthodoxe, juive, bouddhiste, musulmane, etc. Bahreïn, pays fortement attaché au principe de la liberté religieuse, était l’invité d’honneur à cette occasion. La Princesse Sabeeka bint Ibrahim Al Khalifa, épouse du Roi, était présente lors de l’inauguration de l’oasis.

Dans son discours, SAR la Princesse Sabeeka a rappelé que la tolérance religieuse était un droit qui devrait être sacré dans le monde, ce qui n’est, hélas, pas le cas. Elle a de même souligné que chaque Bahreïni, qu’il soit musulman, chrétien, hindou ou juif, pouvait pratiquer librement sa foi et que les autorités veillaient à faire respecter cette liberté fondamentale inscrite dans la Constitution.

Elle a de même évoqué le rôle important du Conseil Supérieur de la Femme, qu’elle préside, dans la promotion des droits des femmes et des valeurs de tolérance et d’égalité, et a souligné que les relations historiques entre son pays et l’Eglise catholique remontaient à 1940 ! Au surplus, comme confirmé par le Vatican, les relations diplomatiques entre Bahreïn et la Papauté ont été officiellement établies et consolidées à partir de l’an 2000. Il semblerait que le Royaume lève le voile sur les idées reçues… Manama, la Capitale, se distingue par la présence de divers lieux de culte des différentes religions. On trouve ainsi aux côtés des mosquées, des églises ou même une synagogue, en plus de divers sanctuaires appartenant à d’autres confessions. En cette période de persécutions, il existe donc bien un pays arabe qui a su faire la synthèse sans que, curieusement, on n’en parle !…

Il est, par ailleurs, permis de distribuer des publications ou des photos et d’avoir des vêtements et des symboles religieux pour tous, et ce sans aucune restriction. Les autorités ne précisent pas la religion ou la confession sur les cartes d’identité. D’autre part, on ne trouve pas dans les prisons bahreïnies des détenus pour des raisons religieuses ou confessionnelles, selon le témoignage des organisations internationales, ce qu’affirme le rapport du 26 octobre 2009 du bureau de la démocratie et des droits de l’homme au département d’Etat américain ! Le Roi Hamad bin Isa Al Khalifa a même souhaité souligner l’importance pour les mouvements religieux de jouer un rôle de sensibilisation et d’éducation, dans le cadre d’un programme global de réformes, comme il l’a exprimé lors de son discours prononcé le 5 septembre 2010, à l’occasion… des dix derniers jours du mois de Ramadan. Il a ainsi appelé les autorités chargées des affaires religieuses à enseigner les compétences éducatives nécessaires, les valeurs de citoyenneté, de modération et de moralité, en espérant unir le peuple et édifier les bases du futur. Et d’expliquer qu’il convient « d’ouvrir les horizons d’une compréhension saine devant les jeunes, de rapprocher l’écart entre les différentes communautés, de créer des liens entre la civilisation musulmane et les autres civilisations et mettre en place un nouveau système pédagogique basé sur l’interaction entre les diverses communautés qui seront amenées à collaborer, sur la base des principes de paix, d’amour et de reconnaissance d’autrui ». Dans les faits, dès septembre 2010, le pasteur de l’Eglise évangélique nationale, Hani Aziz, a salué l’ouverture religieuse à Bahreïn.

Il a de même souligné sa participation – avant deux ans – à la Conférence du Dialogue entre les Civilisations, ainsi qu’à la création de l’Association bahreïnie pour la tolérance religieuse dont les membres sont des citoyens et des résidents sunnites, chiites, chrétiens et juifs, ce qui atteste de la mobilisation de toutes les communautés pour répandre l’esprit de tolérance et de cohabitation. Plus étonnant encore, à l’occasion de la Journée de la paix, le Roi a lancé un appel à la communauté internationale pour unir ses efforts au niveau politique, sécuritaire et médiatique, afin de « répandre la culture de la paix, consolider les bases du dialogue entre les différentes religions, cultures et civilisations et refuser toute forme de haine et de racisme ».

Mais au-delà, on peut encore mentionner nombre d’initiatives, curieusement peu reprises en Occident, qui démontrent que la caricature d’un islam toujours agressif peut se révéler inexacte…