Logement des élus "propos libres d’un élu de terrain"

 

La presse a récemment pointé la situation d’élus parisiens de tous bords occupant un logement social. Cité parmi les intéressés, je m’exprime en toute liberté, car je suis le seul à ce jour à avoir résilié mon bail. Et l’un des rares à exercer une activité professionnelle à temps plein indépendante de mon mandat, par essence précaire. L’ essentiel de mon indemnité de Conseiller de Paris est réinvesti depuis longtemps dans mon action de terrain à longueur d’année et le financement de mes campagnes. Le débat actuel assimile en réalité des situations distinctes : le vrai scandale ce n’est pas à mon sens l’occupation d’un logement obtenu sur la base de critères sociaux (j’ai obtenu mon logement, non HLM à l’époque, alors que j’étais demandeur d’emploi), mais bien ces attributions dans les quartiers huppés à des hauts fonctionnaires, à des parlementaires cumulards ; le scandale, cruellement ressenti par les très nombreux ménages en attente d’un logement social, c’est aussi une aide justifiée à un moment donné, mais qui devient à la longue un avantage « confisqué » au regard de confortables indemnités de Maire ou d’Adjoint. Parmi les facteurs de confusion, il y a notamment « le conventionnement » du logement à outrance par l’équipe de M. Delanoë. 

Par milliers, Paris-Habitat, la RIVP, etc, ont transformé en « logements sociaux » des logements qui, au départ, étaient réservés aux ménages moyens (les logements ILM puis PLI). Par pure idéologie et souci statistique (atteindre à tout prix les 20 % de logements sociaux visés par la loi S.R.U.). Cela n’a créé aucune offre nouvelle pour les familles modestes, mais du jour au lendemain, on a oublié le statut initial du logement (non HLM), son loyer plus élevé, etc. Et l’on se contente aujourd’hui de stigmatiser certains élu(e)s pour un simple changement d’étiquette. Bientôt, à ce compte, aucun occupant du parc social n’osera se lancer en politique par crainte de conflit d’intérêt ! Au-delà, émerge une question cruciale : la préservation du vivier démocratique, du rôle que jouent les élus « de terrain » (conseillers d’arrondissement, simples conseillers municipaux ou généraux). Ils doivent disposer, selon moi, non d’une facilité indue, mais d’un ancrage local fort dans leur circonscription, ce qui suppose la possibilité d’y résider sans être nécessairement dépendant d’un marché immobilier devenu inabordable pour le plus grand nombre. Ces élus vivent souvent deux journées en une (c’est mon cas), l’une professionnelle, la seconde dédiée à leur mandat. S’ils doivent systématiquement quitter un logement qui leur a été régulièrement attribué, ils perdront cet ancrage. Faut-il s’y résigner ? S’ils perdent cet ancrage, ce sont d’innombrables engagements, bref la vie politique au plus près des quartiers, qui risquent d’en pâtir. Faut-il s’y résigner ? 

Et si l’exercice de leur mandat devient quasi-impossible, ce sont la diversité et la représentativité de notre classe politique, déjà bien faibles, qui seront affectées, coupant plus encore de l’implication citoyenne les quartiers populaires ou « sensibles ». Faut-il s’y résigner, abandonner la politique à une caste distinguée par ses seuls moyens financiers ? La voie est certes étroite pour différencier des situations justifiées (à tout le moins explicables) de celles qui deviennent de plus en plus contestables. Mais elle existe. S’étonnera-t-on, au-delà d’une nécessaire clarification des règles, qu’elle passe par une revalorisation du rôle de l’élu ? Collective, civique, mais aussi individuelle. A commencer par la conception qu’il se fait de sa mission, du service qui en est le cœur (le service de nos concitoyens plus que des idéologies), sans omettre jamais l’exigence qu’elle requiert. Après cela, on peut mettre en place toutes les commissions qu’on veut.