Le corps ne peut être vendu comme une marchandise ! 

En tant que membre de la Commission des Affaires culturelles et après les auditions auxquelles vous avez assisté, pouvez-vous faire un point sur la situation actuelle de l’audiovisuel public ? 

La Loi sur l’indépendance de l’audiovisuel public a définitivement été adoptée à l’Assemblée le 31 octobre. Elle recadre et revient notamment sur les modalités de nominations des Présidents de chaînes ; ce rôle incombe de nouveau au CSA, ce qui en garantit l’indépendance, avec une nouvelle disposition, le droit de renonciation. En effet, le CSA pourra mettre un terme au mandat des Présidents de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya). 

La situation de France Médias Monde est une réussite avec à sa tête, Marie-Christine Saragosse qui, en tant que Présidente, a réussi à remettre à plat, aussi bien les relations de travail des salariés, que l’indépendance de France 24 et Monte Carlo Doualiya. Le Président précédent, Alain de Pouzilhac avait créé une ambiance quasi explosive et Marie-Christine Saragosse a eu un rôle fédérateur. Pour France télévisons, la situation est plus préoccupante, car malgré une dotation importante, elle a vécu la suppression de la publicité sous la présidence Sarkozy qui l’a mise en difficulté. Le Gouvernement a entrepris depuis l’année dernière de procéder à des rééquilibrages, avec l’augmentation de la redevance. Ces hausses ne comblent pas la baisse des finances. Sans compter la gestion administrative et la ligne éditoriale qui est sans cesse remise en question par la direction, avec un jeu de chaises musicales qui brouille la visibilité. Un des problèmes majeurs est que certaines chaînes ne parviennent pas à avoir une véritable identité et à conquérir un nombre suffisant de téléspectateurs.  

A partir du moment où ces chaînes sont couteuses, qu’elles n’ont pas beaucoup d’audience, il y a sûrement des choses à revoir. France 4, pour ne citer qu’elle, n’a pas une véritable identité. Il serait peut-être judicieux de faire de France 3 une véritable chaîne régionale avec des décrochages nationaux. On a du mal à définir son rôle, alors qu’elle emploie environ la moitié des salariés de France Télévisions. Il y a un plan de départs volontaires qui a été engagé, puis retiré… Des incertitudes demeurent. France Télédiffusion ne cesse de perdre de l’argent, son utilité est-elle démontrée ou peut-elle être gérée autrement ? Beaucoup de choses sont à clarifier et les projets sont à redéfinir.

Vous avez récemment mis en lumière à l’Assemblée, Monte Carlo Doualiya, la seule radio laïque en langue arabe,  qui est quasiment inconnue car non diffusée sur le territoire français, pourquoi en est-il ainsi ?

C’est une radio qui fait partie de France Média Monde. Elle est diffusée en langue arabe depuis Paris, vers le Proche et le Moyen-Orient, ainsi qu’en Mauritanie, à Djibouti et au Sud Soudan, sur ondes moyennes et en FM. Elle propose des rendez-vous d’information et des magazines qui privilégient le direct. Elle offre une couverture mondiale à 8 millions d’auditeurs chaque semaine. 

Cette radio en langue arabe est laïque et il serait intéressant d’envisager sa diffusion en FM dans les banlieues, face à une offre privée concurrente, qui est souvent orientée politiquement ou religieusement, loin des valeurs républicaines. Des expériences ont été proposées par Aurélie Filippetti pour Marseille, je suis pour son extension en France, dans d’autres villes. Monte Carlo Doualiya a lancé son nouveau site Internet depuis 2013, qui est mondialement accessible et très novateur. Il propose une interactivité très facile et s’adapte à tous les supports. Il y a un fil d’informations continues alimenté par MCD et en partenariat avec la rédaction de France 24. Ce sont des journalistes français et arabes qui ont une vision laïque et républicaine.

Vous êtes signataire de la Loi interdisant la prostitution qui vient d’être votée par l’Assemblée, mais certains spécialistes craignent que cela ne fragilise encore plus les prostitués qui exerceront dans la clandestinité. Que leur répondez-vous ?

On entend toutes les craintes, mais ce texte est le fruit d’un long travail parlementaire commencé à la rentrée 2010 par Danielle Bousquet et Guy Geoffroy et poursuivi par Maud Olivier et Catherine Coutelle. Il a transcendé les législatures et les courants politiques et fut l’occasion de débats et d’écoutes de personnes prostitués, d’associations, de pouvoirs publics. Ce texte a la mérite d’offrir, au-delà de la pénalisation des clients, une alternatives pour les femmes et les hommes - 85% sont des femmes et 15% des hommes - qui se livrent à la prostitution, un parcours de sortie avec un accès aux soins et aux services sociaux. Certains disent que le texte est trop moralisateur, or je trouve cet argument malhonnête intellectuellement. On ne peut pas assimiler la liberté sexuelle et la disposition de son corps, à la soumission d’un rapport sexuel avec une personne que l’on n’a pas choisi, qui peut imposer des pratiques avec une relation tarifée. 

En tant que femme, on peut réclamer une sexualité entre adultes consentants. La très grande majorité des prostitués est soumise à des réseaux maffieux étrangers, de traite d’êtres humains, avec un chiffre d’affaires important, or c’est bien l’argent des clients qui alimente ces réseaux. La responsabilisation du client passe par l’interdiction de tout achat d’acte sexuel. C’est un « système de lutte prostitutionnel ». Actuellement ce sont les personnes qui se prostituent qui sont considérées comme des délinquantes, or en reversant la charge pénale, cette proposition permet aux prostitués de porter plainte envers des clients qui voudraient leur imposer des actes sexuels sans préservatifs ou qu’elles refusent. Certains prédisent que cela sera pire, que les violences et la clandestinité augmenteront, mais la prostitution est en elle même une violence physique et psychologique. Les prostitués sont placées en extrême vulnérabilité, qu’elles soient au carrefour d’un centre-ville, sur le bord de l’autoroute ou en appartement. Dans une société comme la nôtre, pensez que le corps peut être vendu comme une marchandise comme une autre, noté ou commenté sur des forums me paraît inconciliable avec l’égalité homme-femme que nous prônons. Certes, cette loi peut être améliorée, mais la pénalisation de l’acte sexuel est l’un des outils permettant de lutter contre le sort fait aux prostitués. Dans les pays où ce système est adopté, on a vu une baisse notoire de la prostitution.

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICIA DE FIGUEIRÉDO