Opéra de Paris : Cosi Fan Tutte

 

Tout n’est que volupté à Garnier avec Cosi fan Tutte de Mozart: la chaleur dorée des crépuscules, l’élégance intimiste du décor évoquant les tableaux des maîtres du classicisme et les doux pastels des costumes… Sans forcer l’originalité, la mise en scène d’Ezio Toffolutti est rafraichissante dans sa recherche de l’harmonie et sa fidélité à l’œuvre. Elle nous plonge avec allégresse dans le monde éphémère de libertinage et de fête galante du Siècle des Lumières où les identités se mélangent, les amours se trahissent et les masquent tombent. Car Cosi fan Tutte est avant tout un opéra théâtral dans la meilleure tradition de Marivaux, Beaumarchais et Molière, de surcroît sublimé par la musique de Mozart.

Pourtant, derrière la façade superficielle d’un opéra bouffe, se cache une fêlure. Ce qui commence comme une ode aux plaisirs finira par un désenchantement. Dmitry Korchak (Ferrando) bouleverse par l’authenticité du désespoir dans « Tradito, schernito». Et l’interprétation sensible de Myrto Papatanasiu, (Fiordiligi) révèle toute une palette dramatique, notamment dans « Per pietà » teintée d’une grande émotion. Le jeu et l’humour reviennent sur scène avec Bernarda Bobro - une Despina espiègle et pétillante qui remporte les faveurs du public côte à côte avec le charismatique Lorenzo Regazzo (Don Alfonso). L’harmonie spontanée des éléments fait de Cosi fan Tutte un délice de la saison dont le parfum enchanteur continue à flotter dans l’air longtemps après que le dernier spectateur ait quitté la salle.

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Marina Yaloyan