" L'Algérie continuera à produire du pétrole et des hydrocarbures en général "


Quels enseignements tirez-vous de la prise d’otages dans votre complexe gazier du Sud ? Toutes les mesures sécuritaires ont-elles été prises autour des autres complexes gaziers et pétroliers à l’intérieur de l’Algérie et aux frontières avec le Mali, le Niger, la Mauritanie, la Libye, et la Tunisie ?

En effet, nous ne négligeons aucun effort pour consolider le niveau de sécurisation de tous nos sites industriels au Nord comme au Sud, dans l’amont comme dans l’aval pétrogazier. L’attaque terroriste sur le complexe gazier de Tiguentourine à In Amenas est de nature nouvelle et d’origine externe, ce qui appelle évidemment des adaptations adéquates. Nous avons affaire à des groupes terroristes qui détiennent un armement de plus en plus lourd et sophistiqué, et il est clair pour nous que notre réponse devra se faire à plusieurs niveaux, en termes de moyens matériels à mettre en œuvre, de moyens humains, mais aussi de dispositifs et de réglementation. Nous poursuivrons nos efforts avec l’aide des forces de l’Armée nationale populaire et celle de l’ensemble des forces de sécurité algériennes, pour assurer la protection des personnels qui opèrent sur nos installations, et cela sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les régions frontalières. Nous le devons aux victimes innocentes du lâche attentat criminel de Tiguentourine et je renouvelle mon profond hommage à leur mémoire. Notre détermination est sans faille pour continuer à réduire, jusqu’à l’éradication totale, le terrorisme et la grande criminalité transnationale.

 

Les menaces des terroristes qui pèsent sur l’Algérie et la région ont-elles des conséquences sur le développement de votre industrie énergétique ?

De manière marginale, oui, mais sur le très court terme, le temps que les adaptations en cours soient effectives. Au-delà, je peux vous assurer que le potentiel en hydrocarbures à développer et à exploiter en Algérie représente un intérêt certain pour les compagnies pétrolières, qui d’ailleurs opèrent dans d’autres régions beaucoup plus risquées que l’Algérie. Je ne sais pas combien de temps durera cette menace terroriste, mais je tiens à rappeler ici l’engagement de l’Algérie de continuer à faire tout ce qui est en son pouvoir pour éradiquer définitivement ce fléau.

 

Quelle est votre stratégie pétrolière et gazière à venir ? Parle-t-on de nouvelles énergies ?

Les trois fondements de notre stratégie ont toujours été les mêmes : garantir la satisfaction des besoins énergétiques nationaux, accroître et assurer une valorisation optimum des réserves en hydrocarbures du pays, continuer à contribuer au financement du développement économique national. Aujourd’hui, face aux mutations de l’environnement économique et énergétique mondial et à l’évolution des besoins nationaux à très long terme en matière d’énergie et de carburants, nous voulons, tout en nous appuyant sur ces trois axes fondamentaux de notre stratégie, promouvoir un nouveau modèle de production et de consommation énergétiques. Il va de soi que, dans cette stratégie, le partenariat avec tous les acteurs énergétiques, investisseurs, clients, et fournisseurs, a sa place. C’est la raison pour laquelle nous améliorons constamment le cadre réglementaire nécessaire. Le potentiel algérien en énergies renouvelables est très important et son exploitation nécessite la mise en place d’un environnement de développement approprié, afin de le transformer en un produit fiable, abordable et durable pour le consommateur. À ce titre, la stratégie de développement de ces énergies s’articule autour des éléments suivants :

- l’axe du solaire (photovoltaïque et thermique) est privilégié par rapport aux autres formes d’énergies renouvelables, eu égard à sa disponibilité;

- la mise en œuvre progressive des projets inscrits selon le phasage suivant: 1) essais des technologies, 2) passage aux réalisations de grande échelle, 3) généralisation massive des installations renouvelables;

- l’établissement des cadres institutionnel et juridique pertinents et leur amélioration continue;

- la création d’u ne industrie nationale qui y serait dédiée;

- la formation des compétences et la maîtrise de la recherche développement.

Nos objectifs stratégiques, à l’horizon 2030, tablent sur une contribution des énergies renouvelables, qui tournerait autour du tiers de la production nationale d’électricité. Un autre volet concernera l’installation d’une capacité électrique, d’origine renouvelable, de 10000 MW, dédiée à l’exportation. Cela dit, il reste bien entendu que la mise en œuvre de cette option est tributaire de la conclusion des partenariats et de la disponibilité d’un contexte réglementaire favorable au niveau des pays européens qui constituent  notre marché naturel.

 

Le pétrole vit-il ses dernières années ?

Je voudrais vous faire remarquer que le potentiel d’un gisement  de ressources naturelles, dont le pétrole, est une notion qui dépend de plusieurs facteurs, notamment de nature économique (coûts et prix), mais aussi de natures technique et technologique, et portant sur les activités d’exploration, le traitement des données, les taux de récupération, le type de forage onshore ou offshore. Ainsi, les conditions d’exploitation et la durée de vie d’un gisement d’hydrocarbures dépendent de la bonne connaissance de celui-ci et de l’économie des conditions de récupération, elles-mêmes  tributaires du développement de technologies nouvelles et performantes. L’histoire de l’industrie pétrolière recèle de nombreux exemples de succès d’exploration réalisée dans des régions considérées matures ou en déclin de production. Le progrès technologique a transformé des zones difficilement exploitables il y a à peine quelques années, en  zones prometteuses. Citons le cas de l’offshore profond dans le bassin sud de l’Atlantique et du pétrole non conventionnel en Amérique du Nord. Le pétrole extra-lourd de l’Orénoque au Venezuela a permis à ce pays de se hisser tout dernièrement parmi les tout premiers pays en termes de réserves pétrolières grâce à l’exploitation, devenue rentable, de ce type de pétrole. Dans ce domaine, les publications récentes portant sur les perspectives énergétiques mondiales à long terme s’accordent à dire que les sources d’énergie d’origine fossile continueront à jouer un rôle central. Rappelons que l’Algérie dispose d’un bassin sédimentaire très vaste, encore relativement peu exploré, et d’une région offshore significative totalement inexplorée. Nous sommes conscients de l’importance à accorder à l’effort d’exploration et  de nouvelles dispositions législatives viennent d’être adoptées par le Parlement algérien. Notre secteur prévoit aussi un important programme d’investissements sur le moyen terme, dont une part élevée est destinée à cet effort d’exploration. Ces décisions devraient permettre de consolider notre base de réserves et renforcer nos capacités de production. L’Algérie continuera donc à produire du pétrole, et des hydrocarbures en général, de longues années encore.

 

Depuis la visite de François Hollande à Alger et la bonne coopération antiterroriste entre la France et l’Algérie  au Mali, peut-on échafauder le rêve d’un axe politico-économico-énergétique algéro-français en Méditerranée, d’un partenariat privilégié entre les deux pays ?

Je pense que de ce point de vue les présidents Bouteflika et Hollande ont jeté les bases réelles d’une relation bilatérale privilégiée dont ils ont fixé le cap politique dans la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre la France et l’Algérie, adoptée à l’issue de la visite de M. Hollande dans notre pays, en décembre dernier. Il y est clairement indiqué que nos deux pays entendent chacun « jouer un rôle exceptionnel dans la construction d’un espace euro-méditerranéen de paix et de sécurité, de démocratie, de justice et de liberté, de développement et de prospérité »L’ensemble des accords et documents signés à l’occasion de cette visite dessine concrètement tous les volets d’un véritable partenariat stratégique dans ses dimensions économique, industrielle et productive, humaine, culturelle et éducative. La Déclaration d’Alger offre donc la perspective d’une coopération fructueuse et multiple. Il y est en particulier précisé, en ce qui concerne l’énergie, « la nécessité de stimuler la coopération dans le domaine énergétique, qu’il s’agisse des hydrocarbures, du développement en Algérie de la filière nucléaire civile et de l’utilisation des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique »Et s’agissant de la coopération en matière de défense, l’accord bilatéral, qui est entré en vigueur en février 2013, ouvre les perspectives d’une relation dynamique dans cet important secteur. Il est donc, me semble-t-il, plus juste de considérer que l’heure est davantage propice à mettre l’ouvrage sur le métier et à échafauder les plans de mise en œuvre des grandes actions retenues, en densifiant la relation bilatérale afin de pouvoir concrétiser tout son potentiel.

 

L’instabilité de la situation politique au Proche et Moyen-Orient, au Sahel dans certaines parties de l’Afrique, peut-elle provoquer une envolée des cours du baril ? Comment voyez-vous l’évolution des cours du brut en 2013 ?

L’instabilité géopolitique dans les régions productrices de pétrole ou constituant une zone d’acheminement de la production, a depuis longtemps alimenté l’activité spéculative des financiers présents sur le marché pétrolier. Ce qui se traduit par le renforcement significatif de « la prime de risque géopolitique », devenue une composante « structurelle » dans la formation du prix. Depuis le début de l’année 2011, les tensions survenues au Proche et Moyen-Orient contribuent à soutenir la hausse des prix du pétrole. Pour le Sahel, où la prospection pétrolière n’en est  qu’à ses débuts, l’instabilité politique n’affectera pas l’équilibre pétrolier mondial. Les perspectives géopolitiques pour 2013 ne laissent pas entrevoir une sortie de crise dans tous les événements que vit la région depuis des temps plus ou moins lointains, maintenant ainsi une pression haussière sur les prix. D’un autre côté, les mesures financières prises par les pays développés, notamment en Europe, pour faire face à leurs problèmes de dettes, continuent de peser sur leur activité économique et maintiennent les risques sur l’activité économique à l’échelle mondiale, avec un impact potentiel à la baisse sur les prix. Le marché étant bien approvisionné, l’évolution des cours du pétrole pour 2013 sera probablement une répétition de celle de l’année 2012. Nous nous attendons à une moyenne des prix sur l’année sensiblement équivalente, sauf évidemment en cas d’événement majeur au plan géopolitique.

 

Propos recueillis par Christian Malard