Culture

 

Les politiques ou les plus grands adeptes de la procrastination...

 Procrastination : pour cette faculté que nous avons de reporter indéfiniment ce que nous avons à faire, Mark Twain a eu un trait inoubliable en nous disant de « Ne jamais remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire après-demain ». Quoiqu’elle ne cesse de graviter autour de nous, cette merveille n’a toujours rien à nous apprendre : notre nature est ainsi faite qu’il est délicieux de différer nos devoirs…

Universitaire renommé à Stanford, Californie, Perry, comme tous les grands enseignants, manie les concepts avec une aisance de jongleur, au point même d’en avoir défini un de plus, qui est celui de « procrastinateur structuré », formule par laquelle il s’autodéfinit en la renouvelant d’une page à l’autre, afin de nous en faire savourer autant de nuances que de couleurs : paradoxes, listes de choses à faire, perfectionnisme, travail d’équipe ou prétendument tel, empruntant au vocabulaire psychanalytique ses bénéfices secondaires, décidément, comme on dit aux champs, tout fait ventre, puisque tous autant que nous sommes, nous révélons inépuisables pour multiplier les variations sur ce thème… Verrons-nous jamais la fin - comme au dernier jour de Pompéi - de cette « stratégie épatante » ? Perry se montre de part en part à même de nous prouver, selon le mot de Benchley, qu’ « Il est possible de tout à faire, à condition de ne pas faire exactement ce que l’on est censé faire ».

Philosophe de profession, notre homme se montre, ce qui est plus rare, un humoriste, et un grand : la procrastination est bien l’indispensable antidote de l’actualité immédiate, celui qui nous donne la force d’ajourner ses horreurs. Lisez Perry, dans cette bonne traduction, lisez dès aujourd’hui, n’attendez à demain.

Alain Malraux

Editions Autrement,
Traduction Myriam Dennehy