“L’Iran et Israël sont comme des pièces d’échecs utilisées par l’administration américaine selon ses intérêts…”

Ou en est actuellement la tentative de réconciliation nationale entre Chiites et Sunnites ?

Afin de répondre à cette question, on doit revenir sur le passé, pour connaître les attentes des Chiites radicaux à Bahreïn… Ils ont une demande principale, celle du changement du régime. Toutefois, pour les Bahreïnis, le régime représente une légitimité nationale qui protège toutes les confessions et religions, qu’elles soient sunnites, chiites ou autres. Ainsi, le changement d’un quelconque critère dans la forme de ce régime conduirait à un autoritarisme des confessions, et par la suite à des confrontations sécuritaires dangereuses. C’est pourquoi les Bahreïnis insistent sur le fait que cette demande n’a rien à voir avec la démocratie revendiquée par les radicaux, mais plutôt qu’elle vise à permettre à l’Islam politique chiite de parvenir au pouvoir. Un autre point important est que les radicaux considèrent que les circonstances régionales soutenues par les Américains sont à leur avantage. C’est pourquoi les chiites radicaux demeurent renfermés et refusent toute sorte de dialogue national qui pourrait exposer leurs positions et dévoiler le refus de leurs demandes de la part du peuple bahreïni… Sur cette base, la réconciliation nationale entre Sunnites et Chiites traverse des hauts et des bas et n’a pas encore obtenu de résultats positifs…

L’Iran essaie-t-il de déstabiliser Bahreïn et le reste des pays du Golfe ?...

De mon point de vue, l’Iran représente la menace directe dans la région, mais ce n’est pas la seule… Il existe une menace plus dangereuse avant la menace iranienne : il s’agit du projet américain (Le Nouveau Moyen-Orient), qui peut être résumé par le soutien de l’administration américaine à la création de micro-Etats confessionnels et ethniques dans la région, sous le prétexte de répandre la démocratie et de soutenir les droits confessionnels et ethniques.

Oui, l’Iran tente de créer le chaos et de porter atteinte à la sécurité et à la stabilité dans la région, en imposant l’hégémonie chiite dans notre pays à travers le soutien qu’elle apporte à l’Islam politique chiite (radical). Mais après 9 ans d’occupation en Irak, tout ce qui a émergé pendant cette période – comme la coopération américaine britannique et iranienne pour changer la carte politique et démographique selon les intérêts de l’Iran – confirme que le rôle iranien à Bahreïn et dans le Golfe arabique est soutenu par les Américains. Les Américains courent après leurs intérêts et ne disent pas la vérité aux médias, leur déclarant qu’ils défendent les intérêts des peuples dans la region. Cela fait perdre à l’administration américaine sa crédibilité et la confiance des autres…

Pensez-vous que l’Iran essaie de provoquer un conflit plus étendu au Moyen-Orient en opposant Chiites et Sunnites ?

L’Iran est habile dans le jeu politique dans la région. D’une part, il soutient les Frères musulmans à travers le mouvement terroriste (Sunnite) Hamas à Gaza, et d’autre part il associe ses intérêts à ceux du parti terroriste (Chiite) Hezbollah au Liban, sous le prétexte de la résistance contre Israël, alors que tous les Arabes savent que ces deux organisations (Hamas et Hezbollah) ne représentent aucune résistance, mais travaillent plutôt à mettre fin à la résistance… Et ces deux partis ont réussi à diviser les Palestiniens et les Arabes, pour l’avantage d’Israël. Ainsi, la République islamique en Iran joue ces deux cartes pour montrer que la révolution iranienne soutient tous les mouvements de libération, alors qu’en réalité le régime de la république – persane et chiite – de Khomeiny est très hostile aux sunnites et aux Arabes… Il s’agit là de bases constantes affirmées dans leurs publications dogmatiques q u e n o u s , membres de la confession chiite, connai s sons très bien. Créer des agitations internes dans les pays arabes en général et dans les Etats du Golfe en particulier, est l’un des premiers objectifs de l’exportation de la révolution iranienne qui a été annoncée par Ayatollah Khomeiny en 1979 et stipulée dans la Constitution de la République islamique d’Iran. C’est pourquoi la région du Golfe arabique connaît une situation instable depuis cette époque.

Comment voyez-vous l’avenir des révolutions du Printemps arabe en Tunisie, en Égypte, en Libye et en Syrie? Et quel peut être leur impact sur la région ?

D’abord, je voudrais dire que l’expression “Printemps arabe” a été initialement introduite par le Président Obama et il ne s’agit donc pas d’une expression arabe, surtout après les effets négatifs qui en ont découlés… Ce qui s’est passé en Tunisie demeure, jusqu’à ce jour, enveloppé de nombreuses ambiguïtés et ne peut être appelé « révolution ». Pour ce qui est des événements qui ont eu lieu en Egypte, ils continuent à interagir et à mener le pays vers plus de chaos, de pauvreté et de dictature, ce qui créera un terrorisme religieux et un clivage qui pourrait mener à la division du pays entre les religions…

Quant au fai t que quelques (révolutionnaires) libyens ayant été formés en Europe et aux Etats-Unis, sont entrés dans les palais de Kadhafi sous la protection de l’OTAN, ne peut certainement pas être appelé « révolution »… car ce qui est réalisé grâce à une puissance étrangère n’est rien d’autre qu’une reconstitution de nouvelles dictatures dans la région, n’ayant aucun lien avec les populations opprimées qui endurent maintenant plus de souffrances, que ce soit en Tunisie, en Syrie ou au Yémen… Et on ne peut pas nier l’effet de cette situation sur la région du Golfe arabique…

Diriez-vous que les trois cancers du Moyen-Orient sont l’intransigeance israélienne ; la menace nucléaire de l’Iran ; et le manque de fiabilité du régime au Pakistan ?

Dans notre monde arabe, et non au Moyen-Orient, il existe différents problèmes et questions, et à ma connaissance ils n’ont rien à voir avec le Pakistan, à part le soi-disant terrorisme par lequel ce pays est devenu largement infecté… Quant au facteur commun entre la menace nucléaire, l’expansion iranienne, la menace israélienne et la situation du régime pakistanais au Moyen-Orient, il s’agit de la lutte internationale pour la puissance, qui a été relancée après la fin de la guerre froide et qui définit les centres de menace et la manière de les envisager…

Les Etats-Unis d’Amérique ont déclaré, depuis le 11 septembre 2001, l’émergence de la menace terroriste pour remplacer la menace communiste. Ils ont ainsi défini la région d’Eurasie qui s’étend de l’Afghanistan à Eretria, comme étant le centre de cette guerre, alors qu’il s’agit de l’axe principal des sources de pétrole et des routes de son acheminement…

Et les Etats-Unis ont décidé que le Moyen-Orient avait besoin de changement, alors même qu’il s’agit d’assurer le contrôle direct des sources de pétrole, de préserver leur puissance dans le système international et de sauver l’économie occidentale menacée par l’effondrement… Et l’Iran et Israël sont considérés comme des pièces d’échecs utilisées par l’administration américaine selon ses intérêts.

Propos recueillis par Christian Malard