Culture

« L’Effervescence du Vide », de Nicolas Grimaldi (Ed.Grasset)
SOUS LES PAVES, LA CENDRE

L’an passé, Nicolas Grimaldi nous avait livré une superbe méditation sur l’amour* : livre qui, par l’étendue de sa réflexion, a mérité son succès de librairie, et dont l’écho n’est pas près de voir sa longue résonance s’éteindre en nous.
Avec l’évocation de Mai 1968, ce sont quelques signes avant-coureurs et surtout, au-delà des sornettes répertoriées, de ses suites. Loin de s’être épuisées dans la société qui est la nôtre, nous voilà encore soumis aux conséquences de ce « séisme géologique », qu’il apparente au déplacement d’une une nouvelle plaque tectonique…

Voué à la Philosophie dès ses vingt ans, Grimaldi est le premier à savoir que vouloir l’enseigner « à moins d’une folle présomption, est une tâche impossible, à laquelle une vie ne saurait  suffire », et que c’est là « n’avoir pour  métier  qu’un problème »…

Mais petit problème deviendra grand, voire insoluble, avec « la fièvre de mai » et ses singeries :
un jeune homme, un peu de ses parents, jusque là un farouche carabin lequel, ne tarde pourtant pas à l’insulter lorsque lui-même, identifiant le courage de Raymond Aron par son refus de hurler avec les loups, que Grimaldi admire comme tel, lorsque, au bas d’un éditorial du « Figaro», il le voit communiquer son adresse personnelle se désignant à la vindicte profère : « Tu n’es qu’un salaud comme les autres ! »

          Ce qui suivra sera l’amer enseignement qu’il va devoir subir : de l’émergence de « l’art sans œuvres » (avec sa traduction immédiate en valeur marchande) à «la tournée des universités » - Brest, Poitiers, Bordeaux et la Sorbonne, enfin, « dont ne subsiste que le nom » puisque l’université est devenue « un astre mort », c’est à dire depuis que tant de béjaunes, pauvres clones des gardes rouges maoïstes se dédommagent de n’être rien, en humiliant méthodiquement quiconque tente d’être perfectible par la voie de l’effort… et tout cela au nom de la Justice sociale !

          Après tant d’avanies, la retraite survient, qu’accuse une gravissime crise de tétanie chez l’auteur, crise qui le ramène à sa volonté première, celle de la réflexion.

Là, il nous apprend que si l’amour de la liberté est ce qui nous unit, son exercice nous sépare . En particulier, lui, de sa « tribu » : La fascination de l’immédiat** exprime autant de désintérêt pour la vie que l’indifférence au temps », car : A qui le temps n’importe pas, la vie importe moins encore …
Sous les pavés, la fausse plage ou la vraie cendre ? Bonne question.
Un livre difficile et beau, parce que nécessaire.

Alain Malraux

*(i.e. celle de nos contemporains, NdA)
**« Les Métamorphoses de l‘amour » (Ed.Grasset 2011)