Economie

Le logement des salariés en Ile-de-France :
un facteur clé de l’attractivité régionale

« Le monde économique francilien considère qu’il y a aujourd’hui un véritable état d’urgence sur le dossier du logement. Les chefs d’entreprises de notre ressort, celui du Grand Paris, nous font part avec de plus en plus d’inquiétude des difficultés que rencontrent beaucoup de leurs salariés à se loger dans des conditions normales, à distance raisonnable de leur emploi. Cette situation est directement liée au manque incontestable de logements dits « intermédiaires » sur notre territoire, qui crée une véritable discontinuité du marché. La classe médiane des salariés franciliens en est la première victime, ne pouvant prétendre ni au logement social, ni aux prix du marché libre.

Tous les secteurs et types d’entreprises s’accordent en effet sur le fait que le logement des collaborateurs, en Ile-de-France, est un problème de plus en plus préoccupant. Dès lors, comment répondre à la demande croissante de services offerts sur des plages horaires de plus en plus étendues si les salariés habitent à plus d’une heure de leur lieu de travail ? Comment compenser une pénibilité croissante des transports en commun, dont la qualité de service se dégrade faute d’investissements suffisants depuis des décennies ? Comment attirer de jeunes chercheurs, des cadres moyens, si on ne peut leur offrir des conditions de logement décentes à des prix compatibles avec leurs revenus ? Comment atteindre les objectifs fixés dans le cadre du projet du Grand Paris, qui prévoit la production de 70 000 logements par an ?

Les conséquences économiques liées à cette situation sont d’ores et déjà préoccupantes pour la région Capitale, en ce qui concerne son attractivité et sa compétitivité actuelles et futures. Une zone économique ne peut clairement fonctionner lorsqu’elle n’est pas capable de loger convenablement ses salariés. Si une telle situation perdurait ou, pire, s’aggravait dans la prochaine décennie, les entreprises franciliennes pourraient subir la fuite de nombreuses compétences et peiner à attirer les nouvelles classes d’âges, les talents toujours plus mobiles, qui n’hésitent pas à comparer salaires et conditions de vie inhérentes à leurs emplois. Quant aux entreprises étrangères, elles s’implanteront ailleurs si elles sont convaincues de l’impossibilité de loger décemment leurs cadres, ou de l’obligation de surpayer leur personnel pour le conserver. Ainsi, l’étendue et la profondeur du marché de l’emploi, qui constituent des avantages économiques dans la métropole francilienne, peuvent être partiellement remises en cause par les frictions dues aux problèmes de mobilité résidentielle qui nuisent à la fluidité du marché du travail.

Chacun l’aura compris, pour la communauté économique d’Ile-de-France, le dossier du logement est donc une priorité absolue. Un message fort doit ainsi être envoyé dès à présent aux décideurs politiques par le monde économique, celui-là même qui construit la région Capitale de demain.

Toutes catégories confondues, l’Ile-de-France est solidement installée en dernière position des régions métropolitaines pour le nombre de logements construits chaque année, rapporté à la population. La situation francilienne est en outre différente de celle du reste du territoire français, avec un rapport de 3,2 logements pour 1 000 habitants, contre 5,3 en moyenne au niveau national. L’impact coûteux des normes dans le neuf et, plus encore, dans la rénovation explique, lui aussi, la difficulté des ménages à revenus moyens pour accéder à des logements décents. De plus, on constate en Île-de-France un enchevêtrement des acteurs et des compétences dans le domaine du logement, avec des échelles territoriales d’intervention différentes, dans un contexte de raréfaction des finances publiques. On assiste par ailleurs à un véritable désengagement des investisseurs publics et institutionnels du secteur locatif résidentiel, malheureusement non compensé par d’autres acteurs comme les foncières ou les investisseurs particuliers.

Rien d’étonnant alors, qu’à un bout de la chaîne la demande et la rétention s’accentuent, tandis qu’à l’autre, les prix s’envolent. Le logement intermédiaire, parent pauvre du secteur, est décidément le problème en Ile-de-France. La question du foncier est au cœur de la crise que nous traversons, aussi, aucune solution efficace n’est envisageable sans de réelles modifications de ses règles.

Les élus de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris ont proposé dans un rapport récemment adopté* diverses mesures concrètes prioritaires, réaffirmées dans la contribution qu’ils ont apporté mi-janvier au débat pour les présidentielles**.

Tout d’abord, pour accompagner la croissance économique de la région, il est indispensable de repenser la politique du logement dans sa dimension métropolitaine, et créer ainsi une nouvelle gouvernance stratégique et opérationnelle à cette échelle. Produire 70 000 logements par an dépend, en effet, de la capacité des acteurs à adapter les politiques publiques aux enjeux métropolitains, et à favoriser de nouvelles pratiques partenariales en articulant les dynamiques public et privé.

Le logement, et tout particulièrement le logement intermédiaire, doit par ailleurs être un objectif prioritaire en soi, au-delà des spécificités sectorielles ou locales des politiques publiques. Il convient ainsi de moderniser la législation actuelle pour permettre un élargissement des obligations de la loi SRU aux logements intermédiaires, et d’intégrer un quota pour le logement intermédiaire dans les documents d’urbanisme et de programmation. L’offre de logements intermédiaires doit en outre être pleinement intégrée dans l’aménagement des zones de développement autour des gares du réseau Grand Paris : il est indispensable de retisser les liens entre emploi et habitat dans les nouvelles centralités urbaines, et réaliser des programmes de logements permettant de véritables parcours résidentiels.

Nous insistons également sur la nécessité de lever les freins pesant sur le foncier, par certains assouplissements des contraintes d’urbanisme. Un débat de fond, par exemple sur l’intégration des risques naturels, notamment le risque inondation, dans les programmes immobiliers, pour faire évoluer les réglementations, les pratiques et les techniques, doit être impulsé par les pouvoirs publics.

Enfin, et plus généralement, il nous apparaît nécessaire de concentrer les aides sur les zones tendues, en Ile-de-France, et d’explorer de nouvelles modalités de financement permettant le retour d’investisseurs sur le segment du logement intermédiaire délaissé pour sa trop faible rentabilité.

Pour les entreprises, l’enjeu économique et social majeur du logement en Île-de-France, comme la question des transports, est une évidence. Si les jeunes actifs et, bientôt, les moins jeunes quittent notre région parce que la vie quotidienne y est devenue trop difficile, c’est tout notre avenir économique qui va s’en trouver fragilisé voire, à terme, menacé.

Accueillir le million d’habitants attendus dans les 25 ans à venir et mieux loger ceux qui sont déjà présents sur le territoire du Grand Paris est une urgence nationale. Conscients des enjeux capitaux liés à la question du logement francilien, nous sommes prêts à contribuer à l’élaboration d’instruments d’actions et de gouvernance, capables de remédier efficacement et durablement au contexte actuel de crise.

Engagés par essence aux côtés des acteurs économiques de la région Capitale, nous appelons l’État, le Parlement, la région Ile-de-France, les responsables des collectivités territoriales, et les Institutions financières à se saisir ensemble de cette urgence métropolitaine, pour réussir le Grand Paris.

Pierre-Antoine Gailly,
Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

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*Rapports et études de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris
**Contribution de la CCIP