Philippe Douste-Blazy:"C’est maintenant ou jamais !"

 

Il y a deux manières de vouloir changer la mondialisation : la première est idéologique, la seconde est pragmatique.
Nous connaissons bien les tenants de la première posture. Installés dans un manichéisme confortable, désireux avant tout de désigner des coupables, ils s’époumonent et s’épuisent dans des luttes de chapelles dont l’enjeu premier demeure souvent leur propre gloire
Plus discrets mais plus efficaces, d’autres ont fait le choix de changer concrètement les choses, ici et maintenant. Pour ceux-là, la situation tient en deux constats.
D’un côté, une mondialisation de plus en plus injuste, avec des crises latentes ou avérées qui nous menacent tous, comme l’ont rappelé les émeutes de la faim de l’année écoulée.

D’un autre côté, des pays riches en proie à des difficultés économiques et peinant à honorer leurs engagements. L’aide au développement est une urgence lointaine. La solution n’est pas une ponction toujours croissante sur les contribuables, qui ne ferait que développer leur ressentiment. C’est pourquoi il faut aller au-delà de l’aide publique et de l’aide humanitaire, toutes deux évidemment nécessaires mais insuffisantes à changer le cours de la mondialisation.

C’est pourquoi il faut des moyens, des raisonnements différents. Dès 2002 l’idée de financements innovants était évoquée pour la première fois par des Chefs d’Etat, à Monterrey. Trois ans plus tard, deux initiatives étaient lancées : le GAVI, inspirée par Gordon Brown, voué à financer la vaccination dans les pays en développement par une facilité financière internationale, et Unitaid, lancé par Luiz Inácio, Lula da Silva et Jacques Chirac, créant une taxe sur les billets d’avion pour le traitement de trois grandes pandémies : sida, tuberculose et paludisme. Aujourd’hui, ces mécanismes ont fait la preuve de leur efficacité. En 2008, les fonds récoltés par Unitaid dans les 27 pays adhérents s’élèveront à 400 millions de dollars. Des fonds pérennes, contrairement aux aides des Etats, permettant déjà de soigner 3 enfants malades du sida sur 4 à travers la planète.

Derrière ces chiffres bruts, c’est une philosophie de la mondialisation dans le domaine de la santé qui est portée par Unitaid : développement de médicaments qui n’intéressaient pas les laboratoires faute de rentabilité, amélioration de leur distribution locale, diminution de leur prix, etc.
Ce succès, bien sûr, n’est pas passé inaperçu. La pertinence économique du modèle d’Unitaid, qui, contrairement aux projets plus idéologiques comme la Taxe Tobin, ne plombe pas la compétitivité des pays participants, suscite l’intérêt.

C’est dans ce contexte que Ban Kimoon, Secrétaire général de l’ONU, m’a demandé de coordonner cette réflexion au niveau onusien, en veillant à ce que ces nouvelles ressources ne se déploient pas au détriment des contributions des Etats. A l’ONU comme dans d’autres enceintes, il s’agit aujourd’hui d’inventer et de développer d’autres financements innovants. Dans les prochains mois, Unitaid lancera ainsi une contribution volontaire mondiale sur les billets d’avion, en particulier dans les pays qui n’ont pas adhéré. Et d’autres idées sont à l’étude.
Car l’essentiel est bien, derrière ces initiatives, de faire exister concrètement une autre forme de mondialisation, fondée sur l’engagement de citoyens consommateurs qui n’attendent ni le grand soir, ni le Deus ex Machina des Etats-Nations. L’essentiel est qu’une mondialisation plus équitable est désormais possible.
C’est maintenant ou jamais.